Les gentilés, miroirs de l’identité villageoise
En France, les habitants de chaque commune portent un nom spécifique — le gentilé — qui les distingue de leurs voisins. Ces noms, souvent dérivés du nom du village (les Quingeois pour Quingey, les Lieslois pour Liesle), sont parfois remplacés ou complétés par des surnoms populaires transmis de génération en génération, dont l’origine est parfois obscure, parfois clairement anecdotique.
Dans le canton de Quingey, les archives de la Communauté de Communes du Canton de Quingey (CCCQ) ont conservé plusieurs de ces surnoms pittoresques. Chacun est une petite fenêtre ouverte sur l’identité et l’histoire d’un village. Pour explorer l’histoire plus ancienne du territoire, le Dictionnaire topographique de la Franche-Comté conservé sur Gallica (BnF) contient de précieuses informations sur les origines des noms de communes comtoises.
Les surnoms du canton, commune par commune
Les Quingeois — Quingey
Les habitants de Quingey, bourg central du canton, sont les Quingeois. Ce gentilé officiel, dérivé directement du nom de la commune, est le plus sage du lot. Il reflète le statut de chef-lieu qu’a toujours occupé Quingey dans le canton : une commune qui se nomme dignement, sans fantaisie superflue.
Quingey compte 1 318 Quingeois, établis à 270 m d’altitude sur leur éperon calcaire dominant la Loue.
Les Taquins — Mesmay
Le surnom des habitants de Mesmay est l’un des plus savoureux du canton : les Taquins. Cette appellation évoque des gens espièges, portés à la raillerie ou à la moquerie amicale — une personnalité que l’on prêtait volontiers aux habitants de ce hameau perché sur ses falaises calcaires.
Les 73 habitants de Mesmay, nichés à 6 km au Sud-Est de Quingey, portent ce surnom avec un certain sourire. Il faut dire que la position du village — perché sur ses falaises, dominant la Loue de toute sa hauteur — incline naturellement à observer les voisins d’en bas avec un œil légèrement moqueur.
Pour découvrir ce village remarquable, consulter la page de Mesmay.

Les Chanettiers ou Grenouillards — Charnay
Charnay, à 8 km à l’Est de Quingey, a deux surnoms. Les Chanettiers est le gentilé standard. Mais c’est les Grenouillards qui retient l’attention. Ce surnom, qui désigne ceux qui vivent parmi les grenouilles, suggère un village de fond humide, de prairies marécageuses ou de mares où croassent les batraciens.
La géographie de Charnay, dans les plis du plateau calcaire, peut en effet réserver des zones humides qui justifiaient cette réputation amphibie. Être appelé Grenouillard n’était peut-être pas un compliment au départ, mais ces surnoms finissent toujours par être portés avec fierté — la fierté de celui qui sait d’où il vient.
Les Lieslois — Liesle
Liesle, à 8 km au Sud-Ouest de Quingey, est l’une des communes les plus étendues du canton : 1 654 ha pour 555 habitants. Ses habitants, les Lieslois, portent un gentilé construit sur la sonorité caractéristique du nom du village, avec ce « oi » qui évoque le parler comtois.
Les Lombardiens — Lombard
À 4 km de Quingey, la commune de Lombard (592 ha, 210 habitants) donne naissance à ses Lombardiens. Ce gentilé sonore fait irrésistiblement penser aux marchands lombards du Moyen Âge, ces banquiers et commerçants italiens qui sillonnaient l’Europe. L’origine du nom du village est probablement différente, mais l’imagination locale a de quoi broder.
Les Castelmontois — Montrond-le-Château
Montrond-le-Château, à 22 km au Nord-Est de Quingey, est la commune la plus éloignée du bourg central. Avec 1 160 ha et 569 habitants, c’est une commune de taille significative. Ses habitants s’appellent les Castelmontois — un gentilé savant qui combine le latin castrum (château) et mons (mont), reflétant directement le nom de la commune.

Les Paroitons — Paroy
Paroy, à 8 km au Sud de Quingey (437 ha, 115 habitants), a ses Paroitons. Ce surnom, avec sa terminaison en -on caractéristique des noms populaires comtois, sonne comme une vieille chanson régionale.
Les Pessantiers — Pessans
Pessans, à 4 km au Sud (435 ha, 73 habitants comme Mesmay), donne naissance aux Pessantiers. Ce gentilé rappelle les pesants — ceux qui pèsent, qui mesurent, qui sont sérieux dans leurs affaires. Ou peut-être simplement ceux qui peinent sur les pentes du plateau.
Les Regnaux — Rennes-sur-Loue
Rennes-sur-Loue, à 10 km au Sud de Quingey (550 ha, 96 habitants), a ses Regnaux. Ce gentilé ancien, d’une sonorité médiévale, est l’un des plus pittoresques du canton. Il évoque les royaux, ceux du royaume, ou peut-être simplement les gens de Rennes — mais avec cette forme vieillissante qui dit combien ce village existe dans son propre temps.
Les Samsoniers — Samson
Samson, à 28 km au Sud-Ouest de Besançon (194 ha, 65 habitants), est la plus petite commune du canton en population. Ses Samsoniers portent un gentilé qui évoque le nom biblique — Samson, le fort. Pour 65 habitants qui s’appellent les Samsoniers, il y a quelque chose de malicieusement grandiloquent dans cette appellation.
Les Bouquins — Buffard
Buffard, à 10 km au Sud-Ouest de Quingey, sur les bords de la Loue (810 ha, 161 habitants), a ses Bouquins. Ce surnom évoque les lecteurs impénitents, les gens de lettres — ou peut-être simplement ceux qui passent leur temps le nez dans les livres au lieu de travailler aux champs. Une hypothèse plus prosaïque : le bouquin désignait aussi en vieux français un vieux bouc, et par extension une personne entêtée. Quoi qu’il en soit, les Bouquins de Buffard portent un surnom singulier dans le paysage des gentilés cantonaux.
Les Coucous — Échay
Échay, à 13 km au Sud-Est de Quingey (535 ha, 98 habitants, mairie tél. 03 81 63 76 47), a ses Coucous. Ce joli surnom printanier est peut-être lié à l’abondance des coucous (oiseaux) dans les bois environnants, ou à une anecdote locale oubliée. Le coucou, avec son chant qui annonce le printemps, est un symbole ambivalent : signe de renouveau, mais aussi oiseau parasite qui pond dans les nids des autres. Les Coucous d’Échay portent-ils le surnom de l’oiseau joyeux ou du resquilleur ? La tradition ne tranche pas.
Les Cussetois — Cussey-sur-Lison
Cussey-sur-Lison, à 15 km au Sud-Est de Quingey (566 ha, 71 habitants, mairie tél. 03 81 63 81 72), a ses Cussetois. Cette commune, à la confluence de la Loue et du Lison, occupe un site naturel remarquable. Les deux rivières se rejoignent ici, formant des zones humides d’une richesse écologique exceptionnelle, classées en site Natura 2000. Les Cussetois vivent au point de rencontre de deux des plus belles rivières du Doubs — une position d’exception qui justifie amplement un gentilé propre.
Ces surnoms, un patrimoine immatériel
Ces gentilés et surnoms ne sont pas de simples curiosités anecdotiques. Ils constituent un patrimoine immatériel précieux, un fragment de la mémoire orale des villages. La Communauté de Communes du Canton de Quingey avait eu l’intelligence de les recenser et de les publier sur son site officiel — un geste de valorisation culturelle qui mérite d’être salué.
Chaque fois qu’un habitant de Mesmay dit fièrement « je suis un Taquin », ou qu’un Charnaysien revendique avec malice son titre de Grenouillard, c’est un lien vivant avec l’histoire de son village qui se perpétue.
Pour découvrir les données officielles de chaque commune — superficie, altitude, population — consulter le guide complet des communes du canton de Quingey. Et pour plonger dans l’histoire du territoire qui a forgé ces identités villageoises, la page histoire du canton de Quingey offre un panorama complet de l’évolution de ce territoire comtois.