La Loue occupe une place singulière dans le patrimoine naturel et culturel du Doubs et de toute la Bourgogne-Franche-Comté. Rivière capricieuse, turquoise et transparente, elle a inspiré les plus grands artistes de la région, fasciné des générations de pêcheurs et accueilli des voyageurs venus de toute la France. Au fil de ses 125 kilomètres de course, entre la résurgence spectaculaire d’Ouhans et la confluence avec le Doubs à Chenecey-Buillon, la Loue traverse des paysages d’une beauté saisissante. Le canton de Quingey en est l’un des tronçons les plus représentatifs.
Géographie et hydrologie de la Loue
Une rivière née du Doubs
La Loue présente une particularité hydrologique remarquable : elle est en grande partie constituée des eaux du Doubs. Ce phénomène, découvert en 1901 lors d’un déversement accidentel de vidange de la distillerie Pernod à Pontarlier, a révélé que les eaux du Doubs supérieur s’infiltrent massivement dans le massif calcaire jurassien. Après un parcours souterrain de quinze kilomètres environ dans les galeries karstiques du plateau, elles rejaillissent à Ouhans, sous une falaise calcaire majestueuse, formant la source de la Loue.
Cette origine karstique explique plusieurs caractéristiques de la rivière : ses eaux sont froides (8 à 12 degrés en moyenne), très claires et pauvres en éléments nutritifs — des qualités qui en font un milieu d’exception pour les salmonidés, et notamment pour la truite fario.
L’agriculture du canton depend de la qualite des eaux de la Loue.
Le parcours dans le canton de Quingey
Après avoir traversé les gorges d’Ornans et le val de Cléron, la Loue pénètre dans le canton de Quingey à hauteur du village de Mesmay. Elle y adopte un cours plus large, serein, coulant entre des berges boisées d’aulnes et de frênes. La rivière contourne le bourg de Quingey par l’ouest, longeant les prairies alluviales avant de reprendre un tracé plus sinueux vers Chenecey-Buillon et sa confluence avec le Doubs.
La pente est faible sur ce tronçon (quelques centimètres par kilomètre), ce qui confère à la Loue autour de Quingey un caractère paisible, favorable à la navigation en canoë et à la pêche à la mouche dans les courants modérés.

La faune de la Loue
Les salmonidés, emblèmes de la rivière
La truite fario est l’espèce emblématique de la Loue. Parfaitement adaptée aux eaux froides et oxygénées, elle peuple la rivière depuis la source jusqu’à Quingey et au-delà. La Loue compte parmi les rivières à truites les plus réputées de France, attirant des pêcheurs à la mouche venus de toute l’Europe. L’ombre commun (Thymallus thymallus), poisson de première catégorie lui aussi, cohabite avec la truite dans les secteurs à courant modéré.
Les oiseaux aquatiques
La Loue abrite une avifaune aquatique d’une remarquable diversité. Le martin-pêcheur (Alcedo atthis) est le plus emblématique, reconnaissable à son plumage azur et roux et à son vol rapide au ras de l’eau. Il nidifie dans les berges terreuses et se nourrit exclusivement de petits poissons. Le cincle plongeur (Cinclus cinclus), oiseau unique capable de marcher sous l’eau en s’agrippant aux galets, fréquente les rapides et les seuils rocheux.
Le héron cendré (Ardea cinerea) est une présence permanente, immobile des heures durant sur ses rochers favoris. L’aigrette garzette, au plumage blanc immaculé, a considérablement étendu sa présence sur la Loue depuis les années 1990.
Les mammifères aquatiques
La loutre d’Europe (Lutra lutra), disparue de la Loue dans les années 1970 en raison de la pollution et de la chasse, effectue un retour progressif sur la rivière. Sa présence est attestée sur plusieurs secteurs du bassin de la Loue, notamment dans le secteur de Quingey. Discrète et nocturne, elle se repère surtout à ses traces caractéristiques (épreintes) sur les berges vaseuses. La loutre est strictement protégée en France.
La peche sur la Loue attire des amateurs de truite de toute la France.
La flore des berges de la Loue
Les berges de la Loue constituent un écotone (zone de transition) d’une richesse botanique exceptionnelle. La végétation riveraine comprend des espèces ligneuses caractéristiques : l’aulne glutineux (Alnus glutinosa), l’ombelle dont les racines plongent dans l’eau, le frêne commun (Fraxinus excelsior) et la fusain d’Europe.
Les zones humides adjacentes abritent des plantes rares : la cardamine des prés, l’angélique des bois, la menthe aquatique et diverses espèces de laîches (Carex). Les escarpements calcaires qui dominent la rivière accueillent une flore rupicole spécialisée : joubarbe des toits, saxifrages, orpins et, dans les recoins ombragés, la capillaire noire et diverses fougères.
Les randonnees dans les gorges permettent d’admirer la riviere.
Activités sur la Loue autour de Quingey
La pêche à la mouche
La Loue est classée en première catégorie piscicole sur tout son parcours, ce qui en fait une rivière de pêche sportive de premier plan. La pêche à la mouche est la technique la plus adaptée aux conditions de la rivière : eaux claires, truites méfiantes, berges accessibles. Les secteurs autour de Quingey sont particulièrement prisés des pêcheurs expérimentés. Une réglementation stricte s’applique, incluant des zones de no-kill partiel et des périodes de fermeture saisonnière.
Le canoë et le kayak
Le tronçon de la Loue entre Ornans et Quingey est idéal pour la pratique du canoë. Les eaux y sont généralement calmes, sans rapides dangereux, et les paysages de gorges offrent un cadre somptueux. Des loueurs de canoës proposent des descentes à la demi-journée ou à la journée, avec retour organisé au point de départ.
La randonnée le long des berges
Les chemins de halage et les sentiers balisés longeant la Loue permettent de découvrir la rivière à pied. La randonnée en bord de rivière, entre ombre et lumière filtrée par les frondaisons, constitue l’une des expériences les plus agréables du canton.
Mesmay offre l’un des plus beaux panoramas sur la Loue.

Courbet et la Loue — un lien indissoluble
Gustave Courbet (1819-1877), né à Ornans sur les rives de la Loue, a entretenu avec cette rivière un lien profond et durable. La Loue, ses gorges, ses sources et ses peupliers sont omniprésents dans son œuvre. Le tableau « La Source de la Loue » (1864, conservé au musée d’Orsay) est l’une de ses toiles les plus représentatives, saisissant la grotte karstique d’Ouhans dans un clair-obscur saisissant.
Courbet est revenu peindre sur les bords de la Loue tout au long de sa vie. Le musée Courbet d’Ornans, installé dans la maison natale du peintre au bord de la rivière, conserve plusieurs vues de la Loue et propose un parcours qui invite à retrouver les sites qui ont inspiré le maître.
Pour les sorties nature, consultez Meteo Franche-Comte.
Protection et enjeux environnementaux
La Loue est classée en réserve naturelle régionale sur certains tronçons. Le bassin versant de la Loue, qui s’étend sur une grande partie du département du Doubs, est soumis à des pressions agricoles et urbaines significatives.
Depuis les années 2000, des mortalités de truites et des épisodes de prolifération d’algues filamenteuses (notamment Vaucheria) ont alarmé les scientifiques et les associations de défense de la nature. Des études ont montré que les intrants agricoles (nitrates, phosphates) jouaient un rôle majeur dans ces dérèglements écologiques.
Des plans d’action ambitieux ont été engagés sous l’égide du Syndicat Mixte Doubs-Loue et de l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, avec pour objectifs la réduction des pollutions diffuses agricoles, la restauration de la continuité écologique (suppression ou aménagement des seuils) et la préservation des berges naturelles.
Histoire et légendes de la Loue
La Loue a nourri l’imaginaire des populations comtoises depuis des siècles. Des légendes évoquent des esprits de l’eau habitant ses grottes et ses résurgences. La puissance des crues de la Loue, capables de transformer en quelques heures une rivière paisible en un torrent dévastateur, a marqué les mémoires collectives des villages riverains.
La rivière a aussi joué un rôle économique central dans l’histoire du territoire : moulins, scieries et martinets se sont succédé sur ses rives depuis le Moyen Âge, exploitant la force de ses eaux avant l’avènement de la vapeur et de l’électricité.