« Le beau séjour » : l’étymologie de Quingey
Le nom de Quingey n’est pas anodin. Il vient du vieux comtois : Quin signifie « beau » et Gy signifie « séjour ». Quingey, c’est littéralement « le beau séjour ». Une étymologie qui correspond parfaitement à la réalité géographique du site : cet éperon calcaire dominant la Loue, exposé au soleil, abrité des vents, constitue depuis des millénaires un emplacement idéal pour s’établir.
Le site est occupé dès le Ve siècle — et probablement bien avant. Sa position sur la voie romaine reliant Lyon à Strasbourg via Salins lui conférait une importance stratégique et commerciale de premier ordre. Les marchands, les légions, les messagers empruntaient cette route qui longeait la Loue et traversait le territoire de l’actuel canton de Quingey.
Aujourd’hui, Quingey appartient aux Petites Cités Comtoises de Caractère, label officiel qui distingue les bourgs dont le patrimoine architectural et culturel mérite une attention particulière. Cette appartenance place Quingey dans un réseau de communes comtoises partageant une même ambition de valorisation patrimoniale.
Chronologie historique de Quingey
Avant le IIIe siècle : Quingey sur la voie romaine
La voie romaine Lyon–Strasbourg passe par Salins et emprunte la vallée de la Loue. Quingey, perché sur son éperon, constitue un poste d’observation et de contrôle naturel sur cet axe de communication majeur. Des vestiges archéologiques témoignent d’une présence humaine continue dans ce secteur depuis l’Antiquité.
1477 : l’intégration à l’Empire des Habsbourg
La mort de Charles le Téméraire en 1477 lors de la bataille de Nancy marque un tournant pour la Franche-Comté. Sa fille Marie de Bourgogne épouse l’archiduc Maximilien d’Autriche, futur Maximilien Ier du Saint-Empire. La Franche-Comté — et avec elle Quingey — entre dans l’orbite des Habsbourg, une domination qui durera jusqu’en 1678. Cette période laisse des traces profondes dans l’architecture, la vie religieuse et les traditions de la région.

1590 : le premier pont sur la Loue
La construction du pont sur la Loue en 1590 est un événement structurant pour le bourg. Ce pont, qui franchit la rivière et relie les deux rives du canton, facilite considérablement les échanges commerciaux et l’accès au marché de Quingey. Il sera reconstruit légèrement en amont en 1844, à l’emplacement actuel.
1610 : Quingey devient une ville
En 1610, Quingey reçoit le statut de ville et est dotée d’un maire. La province de Franche-Comté est alors un territoire ultra-catholique jouissant d’une relative autonomie au sein de l’Empire. Cette autonomie se manifeste notamment dans le droit local, les franchises commerciales accordées au marché de Quingey et l’organisation de la vie civile.
1657 : le premier recensement documenté
Le premier recensement fiable de Quingey date de 1657 : il dénombre 353 habitants répartis en 79 ménages. Un chiffre qui permet de mesurer la taille modeste mais réelle du bourg à cette époque. Pour comparaison, Quingey compte 1 318 habitants aujourd’hui — une croissance modérée sur quatre siècles, qui reflète la stabilité du tissu rural comtois.
1678 : Quingey devient réellement française
La conquête de la Franche-Comté par Louis XIV s’achève en 1678 avec le traité de Nimègue. Quingey devient alors définitivement française — après avoir appartenu à la Bourgogne, aux Habsbourg espagnols puis autrichiens pendant des siècles. Cette intégration dans le royaume de France marque un tournant administratif, fiscal et culturel majeur.
1747 : la carte de Cassini et les 20 roues à aube
La carte de Cassini, premier relevé cartographique systématique du territoire français, est réalisée au milieu du XVIIIe siècle. Pour Quingey, elle révèle un paysage industriel étonnant : fourneau, moulin et forge sont signalés dans le bourg. Plus remarquable encore, le Moulin de Saint Renobert est répertorié sur la Loue.
La carte recense pas moins de 20 roues à aube entre Chouzelot et Quingey — une concentration industrielle considérable pour l’époque. Ces roues, actionnées par la force de la Loue, alimentaient des moulins à farine, des martinets de forges et des scieries. La rivière était alors une véritable artère industrielle, bien avant les centrales hydroélectriques modernes.
L’ère industrielle : de la clouterie aux couverts inox
Début XXe siècle – 1930 : l’Usine Clouterie
Place des Rives de la Loue (là où se trouvaient jadis la Poste et la Perception, à l’emplacement de l’ancien château), une usine de clouterie s’installe au tournant du XXe siècle. La production de clous, activité métallurgique intensive, reflète l’industrialisation progressive du canton.
Après 1930 : la Sparterie
La clouterie cède la place à une sparterie — atelier de tissage de fibres végétales : nattes, tapis-brosses, sparteries diverses. Cette activité, moins gourmande en énergie que la clouterie, emploie une main-d’œuvre nombreuse et participe au maintien du tissu économique local pendant les années difficiles de l’entre-deux-guerres.

L’ère des couverts : Simon, Degrenne, PSP SA
La grande saga industrielle de Quingey est celle des couverts :
- Jean SIMON crée une fabrique de couverts en inox, donnant au bourg une spécialité qui va traverser les décennies
- Guy DEGRENNE reprend et développe l’activité, produisant des couverts avec manches plastique qui font la renommée internationale de la marque
- PSP SA (Peugeot Salières Poivrières) reprend l’établissement, qui reste implanté à la Zone Artisanale La Blanchotte à Quingey — tél. 03 81 63 79 00
Cette continuité industrielle sur un même site, de la clouterie aux couverts design, illustre la capacité d’adaptation économique d’un bourg comtois face aux mutations du marché.
Le blason aux quatre tours
Les armoiries de Quingey représentent quatre tours — emblème de l’ancien château comtal qui se dressait jadis sur l’éperon calcaire, à l’emplacement actuel de la place des Rives de la Loue (là où se trouvaient la Poste et la Perception). Ce château, dont il ne reste que des vestiges intégrés dans des constructions postérieures, a longtemps dominé la ville et la vallée.
Les quatre tours du blason sont la mémoire architecturale d’une fortification médiévale disparue, perpétuant l’image d’une ville qui fut, pendant des siècles, un point de contrôle stratégique sur la Loue et la voie de communication qui la longeait.
Les anciens vignobles des moines
Un détail toponymique trahit un passé viticole oublié : un lotissement récent de Quingey s’appelle « sous la vigne des moines ». Ce nom révèle que des vignes existaient à Quingey — probablement cultivées par des religieux — bien avant que l’agriculture comtoise se spécialise dans l’élevage bovin et la production de Comté.
Cette vigne des moines est cohérente avec la présence du monastère de Quingey et la tradition viticole monastique qui a marqué toute l’Europe médiévale. Les moines, qui avaient besoin de vin pour la messe et pour leur subsistance, cultivaient souvent des vignes dans les micro-climats favorables des coteaux calcaires ensoleillés.
Quingey, une cité comtoise de caractère
Cette longue histoire — de la voie romaine au XXe siècle industriel — a façonné une identité locale forte, reconnue par le label Petites Cités Comtoises de Caractère. Quingey n’est pas un musée figé : c’est un bourg vivant qui porte en lui les strates d’une histoire exceptionnellement riche pour un village de cette taille.
L’église Saint-Martin, le monastère, les ruines du château comtal, les maisons bourgeoises calcaires et les berges de la Loue constituent ensemble un patrimoine qui justifie pleinement cette distinction. Visiter Quingey, c’est remonter le fil de quinze siècles d’histoire comtoise dans un cadre naturel de premier ordre.
Pour les passionnés d’histoire et de mémoire locale dans le Doubs, le Souvenir Français dans le Doubs recense les sites commémoratifs et le patrimoine mémoriel du département.