Guide de pêche à la mouche agréé FFPS
Ornans (Doubs) · 22 ans d'expérience sur la Loue
Spécialité : truite et ombre commun en rivière calcaire
Rencontre au bord de la Loue
Il est sept heures du matin quand Jean-Pierre Mathieu arrive sur les berges de la Loue, à quelques kilomètres de Quingey. La rivière est basse à cette heure, d’un vert presque irréel sous la lumière oblique du matin de juin. Waders aux genoux, canne en main, il scrute la surface avec l’attention tranquille de quelqu’un qui a passé vingt-deux ans à apprendre à lire l’eau.
Guide de pêche à la mouche agréé par la Fédération Française des Pêcheurs Sportifs depuis 2004, Jean-Pierre Mathieu a accompagné des milliers de pêcheurs de tous niveaux sur la Loue et ses affluents. Des novices complets aux pêcheurs confirmés venus d’Allemagne ou d’Angleterre chercher les célèbres truites du Doubs. Sa spécialité : la pêche à la sèche sur les rivières calcaires du Jura comtois. Son terrain de jeu : les quelque 125 kilomètres de la Loue, de sa résurgence à Pontarlier jusqu’aux méandres du canton de Quingey.
Nous l’avons rencontré pour parler de la Loue, de la pêche à la mouche, de la réglementation 2026 et de ce qui rend cette rivière unique dans le paysage piscicole français.
Comment est-ce que vous êtes devenu guide de pêche à la mouche sur la Loue ?
C'est une longue histoire. J'ai grandi dans le Doubs, à Ornans. Mon père m'a mis une canne dans les mains à l'âge de six ans sur la Loue. À l'époque, on pêchait au toc, au vairon manié, aux techniques classiques. C'est vers mes vingt ans que j'ai découvert la mouche, et ça a été une révélation. Pas seulement parce que c'est plus efficace dans certaines conditions, mais parce que ça oblige à observer différemment la rivière. On devient entomologiste malgré soi — il faut comprendre quels insectes émergent, à quelle heure, selon la température de l'eau, la pression atmosphérique. La pêche à la mouche, c'est de la biologie appliquée.J’ai passé le brevet de guide agréé en 2004, après vingt ans de pratique intensive. Depuis, j’accompagne des pêcheurs de tous horizons, toute l’année sur la Loue. Je ne me lasse pas. La rivière est différente chaque jour.
Qu'est-ce qui distingue la Loue des autres rivières à truites de France ?
La Loue, c'est une rivière calcaire d'une limpidité exceptionnelle. L'eau émerge directement des karsts jurassiens, filtrée par des dizaines de kilomètres de roche calcaire. Elle est froide, riche en oxygène, et surtout très chargée en invertébrés aquatiques qui constituent la base de l'alimentation de la truite et de l'ombre commun. C'est ce qui fait sa réputation internationale.Ce que les pêcheurs du monde entier viennent chercher ici, c’est la sélectivité des truites. Sur la Loue, les poissons ont vu passer tous les pêcheurs, toutes les mouches. Ils sont méfiants, exigeants. Il faut présenter la bonne imitation au bon moment, avec un lancer parfaitement naturel. C’est le plus grand terrain d’entraînement qui existe pour progresser en pêche à la mouche. Les débutants désespèrent les premiers jours, mais quand ils commencent à capturer leurs premières truites sur la Loue, ils ne se trompent plus jamais : c’est là qu’ils progressent le plus.
Le secteur de la Loue autour de Quingey est particulièrement intéressant : la rivière est plus large qu’en amont, les méandres créent des fosses et des radiers variés, et la population en truites farios sauvages est excellente.
Quelle est la réglementation à connaître absolument pour pêcher sur la Loue en 2026 ?
La réglementation évolue chaque année selon les arrêtés préfectoraux, il faut donc toujours vérifier les informations officielles auprès de la Fédération Départementale de Pêche du Doubs.Pour 2026, les points essentiels : la Loue est en première catégorie piscicole sur tout son parcours dans le Doubs. Ça veut dire que la truite fario est l’espèce dominante et que la réglementation est stricte. La taille légale de capture est de 23 centimètres pour la truite sur la Loue. Le quota journalier par pêcheur est limité — en général six truites par jour dans les secteurs libres, zéro dans les zones no-kill.
Les zones no-kill se sont multipliées ces dernières années, ce qui est une très bonne chose pour la ressource. Dans ces secteurs, la pêche est autorisée toute l’année, mais toutes les prises doivent être remises à l’eau. Les hameçons sans ardillon sont obligatoires. C’est d’ailleurs dans ces zones que j’emmène la plupart de mes clients : les poissons y sont plus nombreux, plus confiants, et les captures sont statistiquement meilleures.
Enfin, il faut bien sûr être titulaire de la carte de pêche nationale et du droit de pêche local. Pour le secteur de Quingey, l’AAPPMA locale gère les droits. La carte locale est disponible auprès des revendeurs agréés du Doubs.
Avant de partir, consultez aussi les prévisions météo avant de partir pêcher dans le Doubs : la météo influence énormément l’activité de la truite et les conditions de la rivière.

Quels sont les spots les plus intéressants autour de Quingey pour un pêcheur à la mouche ?
Je ne vais pas vous donner les spots précis, parce que ça ne rendrait pas service aux pêcheurs — la meilleure façon de progresser, c'est d'apprendre à lire soi-même la rivière. Mais je peux vous donner des pistes.Le secteur entre Quingey et Mesmay est exceptionnel. La rivière y décrit de grands méandres avec des alternances de radiers peu profonds et de fosses importantes. Les radiers sont idéaux pour pêcher à la sèche en fin de journée quand les éphémères émergent. Les fosses abritent les plus grosses truites, qui remontent souvent en surface à la tombée de la nuit.
Plus en amont, vers les gorges, la rivière est plus encaissée et les conditions de lancer sont plus techniques. C’est un secteur pour pêcheurs confirmés qui maîtrisent les lancers en arc et les présentations courtes.
Le matin, entre 6h et 9h, et le soir après 18h sont les créneaux les plus productifs. En plein après-midi en été, quand l’eau est plus chaude et la lumière forte, les truites sont moins actives et plus difficiles à approcher.
Quelles mouches conseilleriez-vous pour la Loue à quelqu'un qui visite la région en juin ?
Juin, c'est le mois du paradis sur la Loue. Les éphémères sont au sommet de leur activité. Les grandes émergences de mai-fly (éphémère de mai, Ephemera danica) sont souvent encore présentes début juin. Ce sont de grandes mouches beige-crème avec des ailes tachetées, inconfondables. Une imitation en Comparadun ou en spinner (aile plate) en taille 10-12 est redoutable dans ces conditions.Mais en juin, c’est surtout les Baetis — les petites olives comme on les appelle — qui dominent sur la Loue. Toutes petites (taille 16 à 20), de couleur olive-gris, elles émergent pratiquement toute la journée. Il faut des imitations de nymphe et de sèche dans cette gamme de taille. Une CDC olive en taille 18 ou une Hare’s Ear noire en taille 16 font beaucoup de dégâts.
Le soir, les Ephémérides peuvent être remplacées par les Trichoptères (phryganes) qui créent des émergences spectaculaires en fin de journée. Une sedge ou une elk hair caddis en taille 12-14 est alors le choix naturel.
Ce que je recommande à mes clients : arriver avec une boîte variée, observer avant de lancer, identifier ce qui est dans l’eau et essayer d’en approcher au plus près l’imitation. C’est ça, le cœur de la pêche à la mouche.
Pour les pêcheurs qui souhaitent s’immerger plusieurs jours sur la Loue, notre guide des hébergements à Quingey répertorie les gîtes et chambres d’hôtes idéalement situés pour les sorties matinales.
Comment s'est transformée la Loue depuis votre début, il y a vingt-deux ans ?
La Loue a connu des épisodes difficiles. La pollution agricole des années 2000-2010 avait sérieusement affecté la rivière dans certains secteurs. Les algues prolifiques, la mortalité de truites, la disparition de l'ombre en amont — tout ça a eu lieu. Il y a eu des mobilisations importantes, des programmes de remise en état, des changements de pratiques agricoles dans le bassin versant.Depuis une dizaine d’années, la tendance est globalement positive. Les populations de truites sauvages se sont reconstituées dans les secteurs qui avaient souffert. L’ombre commun remonte progressivement. La transparence de l’eau s’est améliorée. On est loin de la Loue des années 1970, qui était une référence internationale, mais la rivière va mieux.
La zone Natura 2000 qui couvre une grande partie du cours de la Loue a joué un rôle de protection important. Les restrictions d’usage, les zones no-kill, les programmes de restauration des berges — tout ça contribue à maintenir et améliorer la qualité du milieu.
Ce qui m’inquiète davantage maintenant, c’est le changement climatique. Les étés de plus en plus chauds et secs provoquent des étiages sévères. La Loue peut descendre à des niveaux très bas en août, ce qui stresse les populations de truites. En période de canicule, je déconseille même la pêche pour ne pas rajouter du stress aux poissons déjà fragilisés par la chaleur.

Quel conseil donneriez-vous à un complet débutant qui veut se lancer dans la pêche à la mouche sur la Loue ?
Premier conseil : ne venez pas seul sur la Loue avec une canne toute neuve et une boîte de mouches achetée en grande surface. Vous seriez découragé en moins d'une heure. La Loue est une rivière de niveau avancé pour la pêche à la mouche. Les truites y sont sélectives, les conditions de lancer souvent difficiles à cause de la végétation, et la réglementation doit être parfaitement maîtrisée.Ce que je recommande : suivre d’abord une initiation avec un guide agréé. En une journée, on apprend les bases du lancer, on comprend comment lire la rivière, et on repart avec les fondamentaux réglementaires clairs. C’est un investissement qui se rentabilise immédiatement.
Ensuite, patience. La pêche à la mouche, ça s’apprend sur plusieurs saisons. Les premières sorties sont souvent frustrantes, mais chaque sortie apporte quelque chose. Et quand on sort sa première truite sauvage de la Loue sur une sèche taille 18 — c’est une émotion qu’on n’oublie pas.
Je reçois des pêcheurs de tous niveaux dans mes stages. Ce qui me plaît dans ce métier, c’est d’accompagner cette progression, de voir le regard qui change quand quelqu’un commence à lire l’eau. La Loue est un professeur exigeant mais extraordinaire.
Pour approfondir votre connaissance de la rivière, lisez notre guide complet de la pêche sur la Loue à Quingey et notre article sur la randonnée dans les gorges de la Loue.
Questions rapides — 5 idées reçues sur la pêche à la mouche
La pêche à la mouche, c’est réservé aux experts. → FAUX. Les bases s’apprennent en une journée avec un bon encadrement. Un débutant peut capturer ses premières truites dès la première sortie guidée.
Il faut un matériel très coûteux pour pêcher à la mouche. → FAUX. Un équipement d’entrée de gamme de qualité honnête (canne + moulinet + soie + bas de ligne) coûte entre 150 et 300 euros. C’est suffisant pour progresser correctement pendant plusieurs saisons.
La pêche à la mouche est moins efficace que les autres techniques. → FAUX sur la Loue. Dans une rivière de première catégorie comme la Loue, la mouche sèche est souvent la technique la plus efficace au bon moment de la journée. Elle permet de cibler des poissons précis en surface.
On peut pêcher n’importe quand sur la Loue. → FAUX. La réglementation impose des périodes d’ouverture strictes dans les secteurs non no-kill. Hors des zones no-kill, la pêche à la truite est fermée de mi-septembre à début mars.
Toutes les mouches se ressemblent. → FAUX. Les truites de la Loue sont extraordinairement sélectives. La taille, la couleur, la silhouette et la présentation de la mouche doivent correspondre à ce qui est naturellement dans l’eau au moment de la pêche. C’est toute la subtilité de l’entomologie appliquée à la pêche.
Conclusion — 3 choses à retenir
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La Loue est une rivière de niveau avancé : sa réputation internationale est méritée, mais elle exige une approche sérieuse. La sélectivité des truites en fait le meilleur terrain de progression pour un pêcheur à la mouche.
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La réglementation est stricte et doit être respectée : première catégorie piscicole, quota journalier, tailles de capture, zones no-kill, hameçons sans ardillon — informez-vous avant de pêcher et préservez la ressource pour les générations futures.
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La rivière va mieux mais reste fragile : les progrès environnementaux des dix dernières années sont encourageants, mais le changement climatique et la sécheresse estivale posent des défis croissants. Être un pêcheur responsable, c’est aussi participer à la préservation de l’écosystème.
La Loue, ses truites sauvages et ses paysages de calcaire blanc attendent les passionnés qui savent lire l’eau.